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Enseignements à Ganden Tcheuling
Lire l'enseignement de Gueshé Lobsang Tengyé sur le Bouddhisme TantriqueLa base de toute qualité
Résumé de l’enseignement de Gueshé Tenzin Dordjé
Année 2005 à Ganden Tcheuling
25-26 juin 2005
et 24-25 sept 2005
Tous les êtres ont la capacité d’atteindre l’éveil, pourvu qu’ils pratiquent. Le Bouddha Shakyamouni lui-même fut un être ordinaire semblable à nous, avant de devenir un bouddha. Atteindre la bouddhéité, l’éveil, prend beaucoup de temps, des kalpas, il faut donc patience et persévérance. Etre bouddhiste signifie prendre le Bouddha pour guide. Comme le Bouddha a lui-même parcouru toute la voie, il peut nous indiquer le chemin, comme il est parvenu à l’éveil, il est la preuve vivante qu’il est possible d’y arriver (à condition de pratiquer). En contemplant les qualités du Bouddha nous allons développer la confiance, cette foi est donc pragmatique.
Le travail spirituel ne peut porter ses fruits que s’il est continu, s’il est sporadique il n’est pas efficace.
Nous partons d’une constatation : chacun doit mourir. C’est la somme de nos actes qui va conditionner notre prochaine renaissance. Si nous passons la majorité de notre temps sous l’emprise des facteurs perturbateurs, qui nous poussent à accumuler des actions négatives, nous réunissons les causes pour que les choses se passent très mal à notre mort. Si nous nous observons nous-mêmes nous pouvons prendre conscience de nos principaux défauts sur lesquels nous allons travailler (par exemple la colère) pour les réduire, saper petit à petit leurs fondements, les éliminer complètement, devenir un Bouddha.
Il nous faut nous méfier des excès d’enthousiasme : ne pas oublier complètement le côté matériel et nous jeter à corps perdu dans la pratique, nous tiendrions une quinzaine de jours pour abandonner ensuite. Mieux vaut suivre la voie du milieu. D’abord, prendre conscience de notre situation actuelle, faire le point, mais sans abandonner son travail et sa famille (sauf si nous sommes à la retraite ou autre), se familiariser progressivement à l’enseignement, connaître les points principaux de la voie, et progresser continuellement. Il importe de ne pas laisser de distance entre l’enseignement et la pratique.
Toute la voie bouddhiste est résumée dans ce court texte (la Base de toute qualité), quand nous lisons ou nous remémorons ces strophes nous devons pouvoir revoir toute la signification du Lamrim.
Strophe 1
Le fondement de toutes les qualités est le maître bienveillant, pur et parfait.
Se vouer à lui est la base de la voie.
Veuillez me bénir afin que réalisant clairement cela
Et m’y appliquant avec diligence,
Je m’en remette à lui, avec grand respect.
La base, le fondement de toute qualité est l’ami vertueux, car c’est grâce à sa bonté que nous pouvons éliminer nos défauts et parachever toutes nos qualités. L’ami spirituel, a un rôle fondamental. La foi en lui est la clé qui va nous permettre de progresser sur la voie. Il est le guide qui va nous montrer le chemin, comment accumuler les vertus. Il est la base de toutes les qualités communes (il nous indique comment devenir un meilleur être humain) et non communes (il nous enseigne comment pratiquer le tantra) et de tous les résultats que nous allons obtenir par la pratique.
La dévotion correcte
Quand nous avons compris cela, nous suivons le maître de manière correcte : en suivant ses conseils, en les mettant en pratique. Le ‘servir’, se vouer à lui, signifie en fait prendre appui sur lui, lui faire confiance
- par la pensée, en le respectant parce que nous avons réalisé ses qualités
- et par les actes, en suivant ses conseils, en travaillant sur soi (lodjong, entraînement de l’esprit) pour progresser ainsi à travers les trois niveaux de pratique, initial (qui est un niveau commun car il concerne tous les pratiquants), intermédiaire et supérieur, jusqu’au but ultime, au résultat final, qui est l’état de Bouddha.
Aucune qualité ne peut se développer sans la foi en le lama, ayant compris cela nous allons le suivre avec diligence, faire tous les efforts, tous les jours, à chaque instant et nous demandons les bénédictions pour être à même de faire ainsi.
Strophe 2
La liberté précieuse qu’offre cette renaissance obtenue pour une fois
Est d’une valeur inestimable et difficile à retrouver.
Veuillez me bénir afin qu’en comprenant cela
Je fasse naître la pensée qui, sans relâche,
Jour et nuit, en extrait l’essence.
Ce texte qui est un court Lamrim (la voie progressive vers l’éveil) est donc un exposé de toute la voie vers l’éveil, qui est divisée en trois niveaux. Nous abordons dans cette strophe les pratiques du niveau initial (qui est commun à tous les pratiquants). A ce niveau, 4 points seront exposés :
La précieuse renaissance humaine, dotées des libertés et acquisitions, difficile à obtenir ;
La précieuse renaissance humaine (1)
" Ce précieux support disponible ", notre corps qui est la base de la précieuse renaissance humaine que nous avons actuellement est doté des 8 libertés et des 10 attributs, il est tellement difficile à obtenir, car il demande la réunion de différentes et nombreuses causes, qu’il nous sera extrêmement difficile de l’obtenir à nouveau, il nous faut absolument en profiter. Cette renaissance est précieuse, elle a une très grande valeur parce qu’elle permet de réaliser nos buts temporaires et ultime.
A ce stade nous devons réfléchir sur libertés et attributs. Ici, ‘liberté’ a le sens de loisir, de temps libre, pour pratiquer. Ces libertés proviennent d’une somme phénoménale de vertus, ce sont, pour les citer :
- 1. Ne pas être né dans les enfers. 2. Ne pas être né comme esprit avide. 3. Ne pas être né comme animal. 4. Ne pas être né comme dieu à longue vie.
Ce premier groupe concerne les quatre libertés par rapport aux états non humains où il est pratiquement impossible de pratiquer le dharma du fait de trop grandes souffrances ou de manque d’intelligence.
- Le deuxième groupe est constitué des quatre absences d’obstacles dans le monde humain : 5. Ne pas être né dans une région où le dharma n’existe pas. 6. Ne pas être né à une époque où aucun bouddha n’est apparu. 7. Ne pas être né avec des déficiences mentales ou physiques. 8. Entretenir des vues erronées.
Quant aux dix attributs, il s’agit
- Des 5 qualités intérieures ou personnelles : 1. Etre né humain. 2. Etre né dans une terre centrale (une région où il est possible de trouver et d’entendre les enseignements et où vivent les quatre sortes de religieux). 3. Etre né avec les facultés complètes (permettant l’étude et la pratique du dharma). 4. Ne pas avoir commis les 5 crimes irrémédiables. 5. Avoir foi en le Tripitaka (les trois corbeilles des enseignements : le vinaya, l’abhidharma et les soutras).
- et des 5 qualités extérieures : 6. Etre né à une époque où un bouddha est apparu. 7. Quand le dharma est enseigné. 8. Quand le dharma perdure. 9. Quand le dharma est pratiqué. 10 et quand des bienfaiteurs soutiennent les pratiquants.
La difficulté de l’obtention d’une telle renaissance est expliquée par ces 3 points :
- Par ses causes (l’éthique, la pratique des 6 perfections, et les prières) sont très difficiles à rassembler ;
- Par l’analogie (de la probabilité qu’a la tortue qui nage dans le grand océan et qui émerge une fois tous les 100 ans de passer la tête à travers un anneau flotte au hasard à la surface).
- Par le nombre (comparé au nombre des autres êtres, celui des humains est infime et parmi les humains, ceux qui jouissent d’une précieuse renaissance humaine sont encore plus rares).
Voyant le caractère précieux et rare de cette précieuse renaissance humaine nous allons prendre conscience de notre chance et vouloir en profiter. La précieuse renaissance humaine est le sésame des bonnes renaissances qui vont permettre notre progression jusqu’à la bouddhéité. Nous aspirons à ne pas gaspiller un seul instant de cette renaissance et nous demandons les bénédictions afin de la mettre totalement à profit.
Il est fondamental de cultiver une très grande habitude des étapes de la voie en réfléchissant souvent à ce que nous avons étudié et en le pratiquant, jusqu’à ce que cela devienne spontané. Nous allons ainsi vivre la pratique, devenir la pratique. Pour cela il faut se forcer au début et se comparer à ce qui est dans les textes.
I - Pratiques de l’individu de motivation initiale
Strophe 3
Cette vie est aussi impermanente qu’une bulle d’eau.
Puissé-je me souvenir qu’elle décline rapidement et que très vite survient la mort.
Après la mort, de même que l’ombre suit le corps,
Les actions blanches et noires sont suivies de leurs effets.
L’impermanence (2) et la mort (3)
Méditer sur la mort est bénéfique car cela nous permet de relativiser, de prendre de la distance par rapport à notre vie et aussi de réaliser que nous pouvons créer les causes d’une renaissance propice, ce qui va engendrer un sentiment d’urgence et nous exhorter à pratiquer.
La méthode de méditation sur la mort comprend
les trois propositions maîtresses :
- la mort est inévitable,
- incertitude du moment de la mort,
- Seul le dharma, nos vertus et notre familiarisation avec le Lamrim nous aideront quand la mort surviendra.
Et les neuf raisonnements, trois par rapport à chaque proposition maîtresse :
- la mort est inévitable :
La mort est certaine car personne n’est immortel ;
Tout ce qui est né doit mourir, c’est un processus enclenché depuis la naissance ;
Il n’y a pas de remède à cela.
Je dois donc me familiariser avec la mort maintenant, sinon ce sera trop tard.
- l’incertitude du moment de la mort :
Les êtres humains meurent à tout âge ;
Les conditions délétères sont plus nombreuses que les conditions qui nous aident à survivre ;
Le corps humain est fragile.
- au moment de la mort seul le dharma nous aidera :
Nos amis et notre famille ne pourront nous aider ;
Nous ne pouvons rien emmener (de matériel) ;
Même notre corps devra être abandonné.
Dans le cadre d’une pratique spirituelle, la peur de la mort
est très bénéfique car nous allons alors penser
à ce qui va suivre la mort et nous allons craindre les
souffrances des renaissances inférieures. Nous allons
réfléchir aux causes de telles renaissances, à
la loi de cause à effet, et nous allons chercher à
éliminer l’effet qu’est une renaissance inférieure
en en éliminant la cause.
A ce stade du Lamrim vient la
réflexion sur les souffrances des royaumes inférieurs.
Pourquoi ? Parce que nous ne pouvons prendre refuge (l’étape
suivant dans le Lamrim) du fond du cœur si nous n’avons
pas peur des renaissances inférieures. Cette peur est
bénéfique car elle nous pousse à éviter
les actions négatives. Ces réflexions nous conduisent à
pratiquer le dharma, ce qui signifie ici nous débarrasser des
causes négatives et cultiver les causes positives.
Méditer le Lamrim consiste à passer en revue tous ses points, d’où l’intérêt de ce texte court qui a une structure logique, afin qu’il fasse partie de soi. Nous devons ajouter à ce texte des lectures ou enseignements complémentaires et surtout le mettre en rapport à notre expérience personnelle.
Il nous faut passer souvent en revue tous les points du Lamrim (la précieuse renaissance humaine, la mort, l’impermanence, le karma…) de façon à ce qu’ils nous deviennent familiers, naturels, jusqu’à ce que cette progression logique fasse partie de nous. Ensuite, nous insisterons sur les points qui nous sont les plus utiles sur le moment.
Veuillez me bénir afin que, fermement convaincu de cela,
Je veille toujours attentivement
A abandonner toute négativité, si minime soit-elle,
Et à accomplir toute action vertueuse.
Le karma (4)
Quand nous avons un corps, nous avons une ombre. Quand nous avons un esprit, nous avons du karma, positif et négatif. C’est une loi naturelle et certaine. Une fois la mort survenue, le karma (le résultat de nos actes vertueux, (le bonheur, les renaissances supérieures), comme celui de nos actes non vertueux, (la souffrance, les renaissances inférieures), nous suit, comme l’ombre suit le corps. Sachant cela, nous restons vigilant afin d’éviter toute action négative et d’accumuler toute action positive. Tout ce qui existe dans l’univers provient de causes, le bonheur et la souffrance ont donc une cause.
1. les aspects généraux du karma : ses 4 principes de base
Le karma est inéluctable : une action positive donne obligatoirement un résultat positif, une expérience agréable, du bonheur et une action négatif un résultat négatif, de la souffrance ;
Le karma s’accroît : une cause minime peut donner un résultat immense, si l’action n’a pas été purifiée (comme une petite graine peut donner un grand arbre) ;
1.3. S’il n’y a pas de cause, pas d’action accomplie, il n’y aura pas d’effet ;
Les actions accomplies sont inépuisables (une cause produit toujours son effet, sauf si nous appliquons certains antidotes).
Le Soutra du Sage et du Sot décrit certains résultats karmiques.
Il nous faut développer la vigilance et accumuler des actions positives tout en écartant les négatives en demeurant sur la voie.
2. les aspects spécifiques du karma
Seul un bouddha peut décrire avec précision le fonctionnement du karma, ici ce ne sont que des généralités
Il nous faut différentier les karmas blancs et noirs.
le karma noir
Identifier les voies karmiques noires :
Nous pouvons accumuler du karma à travers nos 3 portes, le corps, la parole et l’esprit. Bien qu’il y ait d’innombrables actions positives et négatives nous pouvons distinguer 10 non-vertus principales :
- 3 façons d’accumuler du karma négatif par le corps : le meurtre, le vol, l’inconduite sexuelle ;
- 4 façons par la parole : le mensonge, la calomnie, les paroles blessantes, les propos futiles ;
- 3 par l’esprit : la convoitise, la malveillance, les vues fausses.
Les trois poisons (le désir/attachement, l’aversion et l’ignorance) sont à la source de toutes ces actions négatives. L’action découle de la motivation, de l’intention, il faut donc surveiller sa motivation, son esprit à chaque instant.
Niveaux de gravité :
Les karmas vont être plus ou moins lourds, 6 facteurs vont déterminer leur gravité :
- Leur nature (le meurtre est plus grave que le vol… les trois actions négatives du corps et les quatre de la parole sont en ordre décroissant, tandis que les trois de l'esprit sont en ordre croissant, les vues fausses étant la non-vertu la lourde que les deux autres).
- L’objet, l’être vivant qui subit l’action (par rapport aux qualités de l’objet, il est plus lourd de tuer ses parents ou son maître ; ou par rapport à la taille, il est plus grave de tuer un éléphant qu’un insecte…)
- L’intention, la force de la motivation, l’état d’esprit qui initie cette action (par exemple, plus l’attachement est fort, plus l’action a d’impact).
- le moyen employé, la façon dont l’action est accomplie (tuer après avoir torturé par exemple est plus conséquent)
- la fréquence (plus l’acte sera fréquent plus le potentiel laissé dans l’esprit sera fort)
- La non-application d’un antidote.
Les résultats
- à pleine maturité
- en concordance avec leurs causes
- environnementaux.
Ces résultats vont nécessairement se manifester pour toute voie karmique complète (pourvu des quatre facteurs que sont l’objet, l’intention, l’acte et l’accomplissement) en fonction de sa force, de sa nature, etc.
L’effet à pleine maturité des karmas complets les plus lourds sera une renaissance infernale, pour les moyens ce sera une renaissance en tant qu’esprit avide, pour les plus petits une renaissance animale (ces deux derniers résultats étant parfois inversés car une renaissance animale peut être considérée comme encore moins favorable qu’une renaissance en tant qu’esprit avide, les animaux ayant l’esprit moins vif que les prêtas).
L’effet en concordance avec la cause
- Sous forme d’expérience : le meurtre entraînera une vie courte, une maladie incurable, etc., le vol la pauvreté, à cause de l’inconduite sexuelle on ne trouve pas de conjoint stable, le mensonge fera qu’on ne nous croira pas, la médisance que nous vivrons dans la discorde, les paroles blessantes que nous subirons insultes et critiques…
Les résultats environnementaux
Les conditions de vie seront difficiles, famine ou nourriture mauvais, lieux insalubres…
Il nous faut donc faire attention en permanence à notre motivation et réfréner nos pulsions pour éviter toute action négative.
Il est très utile d’engendrer une foi raisonnée par rapport à l’enseignement et particulièrement par rapport à la loi de cause à effet et éviter les 10 non-vertus comme de véritables poisons. Ainsi, lorsqu’une pulsion nous poussera à les accumuler nous nous en abstiendrons. Les maîtres Kadampa conseillaient d’être attentif à ne pas se contenter d’écouter les enseignements sans les appliquer car nous serions alors comme un mendiant en quête du dharma. L’essence du dharma est de développer le bon cœur et de ne pas s’engager dans les actions négatives mais dans les positives.
le karma blanc
Les voies karmiques blanches sont l’inverse des noirs. Par exemple, l’inverse de tuer est de s’abstenir de tuer, abandonner une telle action. Il y aura donc 10 voies karmiques blanches opposées aux 10 noires. Ces karmas blancs ont pour résultat le bonheur.
autres divisions du karma
Le karma est différent de l’empreinte karmique ou prédisposition mentale, il va laisser cette empreinte.
- le karma intentionnel correspond au facteur mental de l’intention, c’est la motivation (par exemple, l’intention de tuer)
- le karma voulu est l’action même, son accomplissement (par exemple tuer quelqu’un)
{Pour certaines écoles, inférieures, le karma intentionnel peut relever de l’esprit (la motivation elle-même) ou de la 3ème catégorie des phénomènes, ceux qui ne relèvent ni exclusivement de la forme ni exclusivement de l’esprit (la manifestation de la motivation, un sourire par exemple). Les phénomènes sont répertoriés en 3 catégories : l’esprit, la forme et ceux qui ne sont ni exclusivement forme ni exclusivement esprit, dans cette troisième catégorie nous trouvons l’être humain, l’individu qui est composé d’un corps et d’un esprit.
- Le karma accumulé (l’intention), activité mentale.
- Le karma accompli (l’action), activité " physique.
Il peut y avoir karma accumulé mais pas accompli, karma
accompli mais pas accumulé, karma accumulé et
accompli.
Par exemple, si nous tuons avec l’intention de
tuer, le karma est accompli et accumulé, c’est un karma
certain qui va entraîner les 3 types de résultat
Si nous tuons en y étant obligé, sans l’intention, le karma est accompli mais non accumulé, il est moindre qu’auparavant.
Si nous avons l’intention, la motivation de tuer mais que nous ne le faisons pas, le karma est accumulé sans l’avoir accompli.
Toutes les activités d’un être éveillé sont accomplies mais non accumulées car il agit spontanément, il n’y a plus de facteur mental d’intention.
Pour les Madhaymika Prasangikas, un karma accompli et accumulé est un karma certain, pour les Vaibashikas c’est un résultat à pleine maturité.
La frontière entre karmas noirs et blancs est
- la motivation,
- ou, pour l’abhidharma, des états d’existence différents dans les 3 mondes (par exemple, les karmas noirs et blancs entraînent des renaissances dans le monde du désir, les blancs dans les renaissances supérieures et les noirs dans les inférieures ; et les karmas immuables dans les mondes de la forme ou du sans forme.
Le point essentiel de cet enseignement est de nous permettre de reconnaître et de nous préserver des actions négatives et d’accumuler les positives. Lire le Soutra du Sage et du Sot nous permettra d’approfondir la question.
Il nous faut développer la vigilance, se surveiller soi-même constamment. Dès que nous voyons apparaître une intention néfaste, nous en éloigner, si l’intention est positive, la développer. Si nous nous rendons compte que nous sommes déjà engagés dans une action nuisible, nous arrêter, et purifier en ayant recours aux quatre forces pour purifier, éviter les résultats négatifs.
Les quatre forces qui éliminent les karmas négatifs :
Le pouvoir du support (le refuge, bodhicitta), car nous avons accumulé les actions négatives sur la base des bouddhas ou des êtres. Comme dans l’exemple d’une chute par terre où nous prenons appui sur cette terre pour se relever, nous avons commis une faute envers les bouddhas ou les êtres et nous nous appuyions sur eux pour se relever.
Le pouvoir du regret
Le pouvoir du remède : toute action positive peut être dirigée vers cette purification.
Le pouvoir de la résolution, qui est la force déterminante.
La purification permet les différentes réalisations. Dans les soutras il est dit que même si une voie karmique est complète, même si le karma est certain, il est possible de purifier par ces 4 forces.
En conclusion : il nous faut mettre en pratique tout ce que nous avons entendu et changer notre façon de vivre et non notre situation (travail, famille.). Etre conscients de ce que nous faisons par nos trois portes, garder l’esprit clair et accomplir des actions positives par le corps, la parole et l’esprit. Pour cela il nous faut de la patience et aussi une foi ‘raisonnée’ (qui provient de l’étude et de la réflexion) et aussi avoir recours à la prière, à l’inspiration des bouddhas ce qui procure de la force.
Ici se terminent les étapes de la voie d’un individu de petite capacité.
II – Pratiques de l’individu de motivation moyenne
La poursuite de plaisirs samsariques est la porte de toute souffrance ;
Sources d’insatisfaction, ces plaisirs ne sont pas fiables.
Veuillez me bénir afin qu’ayant reconnu ces désavantages,
J’aspire intensément à la félicité de la libération.
Dans ses Quatre Cents Stances Aryadeva dit que tant que nous n’éprouvons pas de dégoût par rapport au cycle des existences nous n’aspirons pas à s’en libérer. Lama Tsongkhapa dit aussi que tant que nous n’avons pas pris conscience de la souffrance et de son origine, nous ne pouvons renoncer au cycle, ni même aspirer à y renoncer.
Connaître les défauts du cycle des existences, ce qui nous nuit et comprendre ce qui nous y maintient prisonniers fera naître en nous le désir de nous en affranchir.
Nous allons étudier les inconvénients du cycle des existences – en général et – en particulier.
Inconvénients du samsara en général : nous sommes soumis à 6 limites qui occasionnent des souffrances, la peur et des actions négatives :
l’absence de certitude ;
le manque de contentement ;
avoir à quitter son corps ;
avoir à reprendre naissance ;
monter et descendre continuellement ;
être fondamentalement seul.
Dans un soutra, le Bouddha résume par ces 4 issues les limites du samsara :
- tout ce qui a été accumulé sera dispersé ;
- tout ce qui a été gagné sera perdu ;
- tout ce qui a été rassemblé sera démantelé ;
- tout ce qui est né devra mourir.
Inconvénients particuliers du samsara : il s’agit des deux types de renaissances
- fortunées
- et infortunées : enfers, esprits avides, animaux.
Actuellement nous sommes très attirés par le cycle et nous ne sommes pas conscients que si nous ne sommes pas vigilants nous risquons de tomber dans les renaissances inférieures.
(Nous étudierons plus en détails le niveau de capacité intermédiaire au prochain enseignement.)
Le plus important dans la pratique est de développer le bon cœur et bodhicitta, au mieux de nos possibilités, mais au moins de ne pas nuire au autres et d’essayer de leur être bénéfiques. Ainsi nous obtiendrons davantage de bonheur, dès cette vie. En général, quand des gens se rencontrent ils se disent ‘tashi délegs’. Atisha, lui, saluait en demandant ‘As-tu bon cœur ?’.
Vendredi 11 novembre 2005
Résumé des trois précédents week-ends d’enseignement
Le texte que nous étudions actuellement est un court Lamrim.
Le point primordial de ce que nous avons vu est d’éviter
toute action non vertueuse (dont les 10 non-vertus), celles-ci
étant source de souffrances, ce qui va nous permettre
d’obtenir une renaissance supérieure (en tant que
dieu, demi-dieu ou humain). Mais même si ces états
sont meilleurs que ceux des renaissances inférieures, ils
comprennent néanmoins des souffrances, nous sommes encore
dans le samsara, c’est pourquoi nous allons chercher la
libération totale de toute renaissance causée par le
karma et les perturbations. Toutes nos actions, dont le but est
d’obtenir le bonheur produisent en fait la souffrance car
elles sont souillées par les perturbations qui ont pour base
l’attitude de chérissement de soi. Le but du Dharma
est d’éliminer à la racine ces perturbations
mentales et déjà de les réduire petit à
petit. L’essence de la pratique est d’être
vigilante à chaque instant en vérifiant notre
motivation et en éliminant toute perturbation dès
qu’elle surgit. Si nous n’analysons pas, ces
perturbations peuvent nous sembler être utiles, mais en fait
elles nous détruisent. Il nous faut donc vérifier, à
chaque instant, si nos actions vont produire un résultat
négatif ou positif.
Pratiquer le Dharma ne consiste pas
uniquement à méditer. La méditation seule ne
suffit pas pour travailler directement sur les perturbations, il
faut d’abord les connaître et pour cela il faut avoir
écouté l’enseignement.
Pour bien écouter l’enseignement, il faut au départ que l’esprit soit neutre (ne pas se dire :’oh, c’est super ! etc.) Si finalement nous pensons que l’enseignement est bénéfique, il faut ensuite le mettre en pratique. Il nous sera difficile de mettre en pratique certains enseignements immédiatement, il nous faudra d’abord les ‘mêler’ à notre esprit, les intégrer, puis petit à petit les pratiquer. Tout l’enseignement du Bouddha est basé sur l’esprit humain, il est donc possible, si nous le mettons en pratique, de diminuer nos défauts jusqu’à les éliminer et d’augmenter nos qualités jusqu’à les parfaire.
Il est important de développer l’esprit analytique.
- Ecouter :
D’abord, au début, nous écoutons avec un esprit neutre, ensuite, l’enseignement devient une base, un terrain de travail ;
- Réfléchir :
Alors nous analysons et grâce à cette analyse, ce que nous avons écouté va devenir plus stable ;
- Méditer :
Ensuite nous devons contempler, méditer.
Le sujet principal de l’enseignement du Bouddha est l’esprit. L’esprit a un côté positif et un côté négatif. Il ne s’agit pas de ne faire que méditer mais d’éliminer nos défauts et d’augmenter nos qualités. Nos perturbations sont le point de départ de tous les problèmes et conflits, si nous les réduisons jusqu’à les éliminer, naturellement, notre environnement devient de plus en plus paisible.
Les trois niveaux de pratique du chemin gradué (Lamrim)
1er niveau : éviter toute action non vertueuse (ce qui ferme la porte des renaissances inférieures et entraîne une renaissance supérieure) ;
2ème niveau : éliminer toutes les perturbations (ce qui ferme la porte des 6 royaumes du samsara et entraîne la libération) ;
3ème niveau : " si j’obtiens la libération, je serai le seul à être heureux, c’est égoïste, les autres vont rester dans le samsara ; je vais donc développer bodhicitta pour travailler au bien des êtres.
Strophe 6
Suscitées par cette pensée pure,
La mémoire, la vigilance et la circonspection surgissent.
Observer les vœux de pratimoksha est la racine des enseignements ;
Veuillez me bénir afin que j’accomplisse cette pratique essentielle.
Dans cette strophe nous prions pour entraîner notre esprit dans les pratiques menant à la libération. " Pensée pure " désigne le désir d’obtenir la libération, c’est le renoncement au samsara, la pensée que tous les plaisirs du samsara sont de la nature de la souffrance. Cet état d’esprit devient lui-même chemin vers l’éveil. Quand le renoncement est développé, il n’y a plus aucune attraction pour le samsara, cet esprit lui-même devient chemin (lam, dans ‘salam’, les terres et les chemins) et ce chemin mène à la bouddhéité. Pour arriver à la libération il faut un chemin et ce chemin est le renoncement. Quand nous avons réalisé le renoncement, celui-ci n’est plus artificiel mais naturel, à ce moment-là notre esprit est devenu chemin.
Si, actuellement, nous avons des perturbations, c’est parce que nous n’avons pas développé le renoncement. Notre attachement, notre manque de concentration, etc. viennent de ce que nous n’avons pas réalisé le renoncement.
Dans cette strophe nous prions pour pratiquer parfaitement la moralité. La moralité est la base de l’enseignement du Bouddha et elle ne peut être maintenue que grâce à la vigilance et à la mémoire.
Il y a trois niveaux de moralité :
les vœux de pratimoksha ou vœux de libération individuelle ;
les vœux de bodhisattva ;
et les vœux tantriques.
La première est la base de l’enseignement du Bouddha. Nagarjouna dit que de même que la terre est la base qui soutient tout, animé et inanimé, les vœux de pratimoksha sont la base qui soutient tous les autres vœux et toute la pratique du Dharma, elle est la base de toutes les réalisations. Comme Nagarjouna, Lama Tsongkhapa insiste ici sur l’importance des vœux de libération individuelle qui vont produire la libération et l’éveil. ‘Tsultrim’, la loi de bonne manière, la moralité. Le Bouddha a dit que celui qui ne garde pas la moralité ne pourra jamais obtenir la libération et la bouddhéité. Il y a différents niveaux de moralité, selon si nous sommes laïc ou moine ordonné. Pour les laïcs il y a différents types de vœux, comme les préceptes que nous prenons pour 24 heures, l’abandon des 10 non-vertus, les vœux d’oupasaka sont le plus haut niveau pour les laïcs.
Garder la pure moralité n’est pas seulement ne pas tuer, par exemple, (ce qui est déjà bien en soi) mais c’est, après avoir pris les vœux, de les garder. Pour garder la pure moralité il est important de développer la vigilance afin de constamment discriminer entre ce qui est bon et ce qui est néfaste.
Pour arriver à l’éveil il faut donc d’abord développer le chemin, le renoncement. Pour ce faire, il faut bien étudier les Quatre Nobles Vérités, ce qui nous permettra de savoir comment arriver à destination. Ces Quatre Nobles Vérités sont :
la Noble Vérité de la souffrance ;
la Noble Vérité de l’origine (de la souffrance) ;
la Noble Vérité de la cessation (de la souffrance) ;
la Noble Vérité du chemin de la cessation (de la souffrance).
la Noble Vérité de la souffrance :
Le premier obstacle à la libération est de ne pas reconnaître la souffrance, il faut donc connaître les différents types de souffrances ;
il s’agit de connaître les causes de la souffrance (qui sont les différentes perturbations) ;
une fois les causes connues, si nous les éliminons nous obtenons la cessation de la souffrance ;
L’ignorance fondamentale qui est la saisie du soi (la croyance que le je existe de son propre côté) est la racine des perturbations et donc la cause fondamentale de la souffrance ; réaliser la vacuité (l’inexistence inhérente du je) va éliminer la cause racine de la souffrance qui est cette ignorance fondamentale. L’esprit qui réalise la vacuité est donc
le chemin qui mène à la cessation de la souffrance, à la libération.
Nagarjouna a employé pour les Quatre Nobles Vérités l’analogie du malade :
il faut d’abord reconnaître de quelle maladie il souffre, faire le diagnostic ;
puis savoir quelles sont les causes ;
quel est le remède, comment soigner le malade ;
ensuite prendre ce remède, suivre la prescription.
Gueshé La nous conseille d’étudier profondément les Quatre Nobles Vérités. C’est important, au niveau initial, pour éviter les royaumes inférieurs. Les Quatre Nobles Vérités couvrent une bonne partie du Lamrim.
Dans les monastères tibétains, les moines ont beaucoup de travail de mémorisation, même si nous n’apprenons pas tout par cœur, il est bon de connaître par cœur au moins les points principaux, par exemple quelles sont les Quatre Nobles Vérités, les différents types de souffrances… Quand nous ne connaissons pas bien la Noble Vérité de la souffrance nous considère le samsara comme agréable et nous ne cherchons pas à en sortir, nous ne cherchons pas la libération. Si nous ne connaissons pas la Noble Vérité de la cessation de la souffrance nous ne pouvons obtenir la libération. La pratique du Dharma est graduelle : au début nous ne savons pas ce que sont les Quatre Nobles Vérités, ensuite nous les connaissons puis nous les approfondissons petit à petit.
Ce texte, le Fondement de toutes les qualités, est une prière afin que notre esprit soit béni pour que nous puissions pratiquer les différentes étapes (indiquées dans les différentes strophes)
III – Pratiques de l’individu de motivation supérieure
Strophe 7
Tout comme je suis moi-même tombé dans l’océan du samsara,
Tous les êtres mes mères y sont aussi tombées.
Veuillez me bénir afin que j’en prenne conscience, m’exerce au suprême esprit d’Eveil
Et prenne la responsabilité de libérer ces êtres transmigrants.
Cette strophe explique le chemin du Mahayana, le troisième niveau, le développement de bodhicitta. Nous prions ici pour développer bodhicitta, l’esprit d’éveil : " les êtres sont, tout comme moi, dans l’océan du samsara, soutenez-moi (je fais l’effort mais aidez-moi) à développer bodhicitta.
Il y a deux méthodes pour développer bodhicitta :
- Selon la lignée de Shantidéva : l’échange de soi pour autrui (le Bouddha Shakyamouni a transmis cette méthode à Manjoushri, puis est passée à Nagarjouna et via les maîtres de la lignée de sagesse à Atisha puis Lama Tsongkhapa). Cette méthode consiste à s’échanger soi-même pour autrui, en pensant que nous-mêmes et tous les êtres sont égaux en ce que nous voulons tous le bonheur, mettre les autres à notre place, leur donner tous nos bonheurs et prendre tous leurs problèmes. Cette méthode convient plutôt à ceux qui ont de grandes capacités.
- Selon la lignée d’Asanga : les 6 causes pour un effet. (le Bouddha a transmit cette méthode à Maitreya, elle est ensuite parvenue à Asanga, Chandrakirti, Atisha, Lama Tsongkhapa) ;
Cette méthode nous convient car elle est graduelle :
tous les êtres ont été notre mère ;
nous nous rappelons leur bonté ;
nous en éprouvons de la gratitude ;
nous souhaitons leur donner le bonheur ;
les délivrer de la souffrance ;
nous prenons la décision d’agir en ce sens et
nous nous posons la question : qui est capable de faire cela ?
Seul un bouddha le peut… nous obtenons alors l’effet,
le résultat qui est bodhicitta, l’esprit d’éveil.
Nous
allons voir plus en détails ces 6 causes pour un effet :
Penser d’abord : " je vais obtenir l’éveil pour le bien de tous les êtres, mais pour le moment je n’en ai pas la capacité, seul un bouddha a cette capacité ". Nous développons ainsi l’aspiration à développer les qualités de la bouddhéité (l’état libre de tout défaut et qui possède toutes les qualités) Cet état d’esprit de bodhicitta est très puissant mais très difficile à obtenir, nous pensons donc : " petit à petit, graduellement, je vais marcher vers l’éveil à travers cette pensée ". La première étape de ce développement graduel est de
Considérer tous les êtres comme notre mère. Pour développer cette pensée il faut d’abord croire en la réincarnation, pour ceux pour qui ce n’est pas évident, il faudra d’abord réfléchir à cette question. Ensuite étudier le samsara : à chaque fois que nous avons repris naissance dans le samsara nous avons eu une mère et cette mère nous a aime et soutenu, exactement comme notre mère de cette vie-ci. Rappelons-nous comment elle a pris soin de nous, nous portant 9 mois dans son ventre, puis nous nourrissant, nous changeant, nous éduquant… les maîtres qui nous ont instruits, nos parents, tous ceux qui nous ont aidés sont des objets dignes de vénération et il faut faire attention particulièrement à ne pas commettre de mauvaises actions envers eux. Les personnes âgées et malades sont dignes d’être aidées, pratiquer la générosité envers les malades et les nécessiteux purifie beaucoup de karma, et il est important de ne pas garder de rancunes. Donc, considérer tous les êtres comme notre mère et
Se rappeler leur bonté. Ensuite, automatiquement, vient
Le désir de leur rendre leur bonté (la gratitude). La meilleure manière de les aider est de soulager leurs souffrances en en coupant la racine, les mener sur le chemin vers l’éveil.
Le désir que tous les êtres obtiennent le bonheur et sa cause est l’amour (djampa) ;
Le désir que tous les êtres soient libérés de la souffrance et de sa cause est la grande compassion.
Au fur et à mesure que nous méditons sur les 6 causes, l’esprit devient de plus en plus fort.
" je vais moi-même libérer tous les
êtres de la souffrance et leur donner le bonheur est
l’attitude spéciale, extraordinaire.
Nous pense
alors : " mais pour l’instant je n’ai pas
cette capacité, seul un bouddha le peut… nous en
arrivons alors naturellement à l’effet ;
bodhicitta : je dois devenir Bouddha pour être pleinement
bénéfique à tous les êtres !
Les deux lignées (de Shantidéva et d’Atisha) sont valables, nous choisissons celle qui nous convient le mieux.
Avant de faire une sadhana ou de réciter des mantras ou autres, il convient de développer d’abord bodhicitta : " je vais faire cette action pour le bien de tous les êtres ".
La différence entre Mahayana et Hinayana est dans le
développement ou non de bodhicitta. Toute activité
faite avec la motivation de bodhicitta est une pratique du Mahayana,
sans cette pensée de bodhicitta c’est Hinayana..
Le
bouddhisme croit que l’esprit perdure et même si nous
n’avons pas obtenu toutes les réalisations dans cette
vie-ci, de vie en vie nous nous rapprochons de l’éveil.
La bodhicitta a la qualité d’aider les autres
parfaitement et de s’aider soi-même parfaitement, de
façon naturelle. Bien que nous n’ayons pas pour
l’instant cette qualité de bodhicitta, nous pouvons
prier pour l’obtenir et ainsi cette pensée va se
développer de plus en plus. Avec la pensée de
bodhicitta, même une simple petite offrande ou la récitation
de quelques mani est très bénéfique à
tous les êtres et à soi-même.
Si nous répétons tous les jours, et plusieurs fois par jour, le refuge et bodhicitta puis à la fin ‘puisse le précieux esprit d’éveil naître là où il n’est pas encore né et se développer et là où il est déjà né se développer toujours plus’ c’est pour s’habituer à cette pensée d’éveil afin qu’elle devienne de plus en plus naturelle, spontanée. Ainsi, de jour en jour, de mois en mois, de vie en vie nous nous rapprochons de l’éveil. C’est pourquoi il nous faut prier et méditer tous les jours.
Samedi 12 novembre 2005
Bodhicitta est l'essence de la pratique que Mahayana. Lama Tsongkhapa dit dans son court Lamrim que la pratique de bodhicitta est le coeur de tout l'enseignement : la bodhicitta est comparable au pilier, si celui-ci est stable et fort, la maison est solide. Avec bodhicitta, toutes les autres réalisations deviennent fortes. Bodhicitta est importante tout au long de la pratique, au début (la motivation est bodhicitta), au milieu (il nous faut vérifier si nos actions sont faites avec bodhicitta et à la fin (l'atteinte de l'éveil pour le bien des êtres). Sans bodhicitta, comme nous agissons avec le chérissement de soi, toute pratique, quelle qu'elle soit, amènera bien quelque bénéfice mais ne sera qu'une pratique du petit véhicule et ne mènera pas à l'éveil.
Pour développer bodhicitta, il faut entraîner l'esprit aux 6 perfections. Avec bodhicitta, même réciter quelques mantras ou faire une courte pratique est la cause de l'obtention de l'éveil pour le bien de tous les êtres. Parce que le but de cette pratique est dirigé vers le bien de tous les êtres elle est extrêmement puissante.
Nous ne connaissons pas toujours la définition de bodhicitta ni la façon de la développer, c'est pourquoi il est important pour nous de bien étudier le Lamrim.
La bodhicitta c'est donc le souhait d'atteindre l'éveil
dans le but de pouvoir être pleinement bénéfique
aux êtres.
Comme nous l'avons déjà vu, il y a
deux méthodes pour développer bodhicitta :
- Celle d'Atisha, les six causes pour un effet. Souvent cette méthode est la plus adaptée.
- Et celle de Shantidéva, l'échange de soi pour autrui. Celle-ci est parfois plus difficile pour les débutants comme nous, c'est pourquoi il vaut mieux commencer par les six causes pour un effet.
Je pense qu'il est bon d'apprendre par cœur les points clefs, les points importants, comme par exemple la définition de 'bodhicitta', de 'compassion'. Apprendre les textes racine par cœur peut également nous être très utile. Si nous répétons certaines choses plusieurs fois (la prise de refuge par exemple) c'est dans le but d'habituer notre esprit aux choses positives.
Avant de méditer sur les six causes et un effet il est important de développer l'équanimité, puis de méditer sur la souffrance (à travers les Quatre Nobles Vérités). Cela nous aidera à développer la compassion.
L'équanimité est l'antidote direct à l'attachement et à l'aversion. L'équanimité est l'absence d'attachement et d'aversion. Quand le terrain est plane, doux et lisse, il est facile de faire quelque chose sur cette base. La méditation doit être analytique au départ : "Certaines personnes me font du mal, comment puis-je développer l'équanimité" ? Il nous faut réfléchir à l'impermanence : "Le matin, il est mon ami, l'après-midi, à cause de certains circonstances, de certaines paroles ou autres, il devient mon ennemi, et vice-versa".
Une fois que nous avons construit cette base de l'équanimité, nous essayons de considérer tous les êtres comme très proches. La personne la plus proche de nous est notre mère, nous réfléchissons que puisque nos réincarnations ont été innombrables, chaque être a été notre mère.
Bien sûr, il y a des mères 'indignes' mais elles sont très rares, la plupart des mères se dévouent à leurs enfants, même chez les animaux. Il n'y a pas que la méditation de concentration (de placement), quand nous méditons sur le Lamrim il faut pratiquer le méditation analytique, se poser des questions, chercher des réponses, et si nous ne les trouvons pas consulter les textes ou les maîtres.
Ecouter les enseignements, y réfléchir et les méditer seulement une deux fois ne sera pas très efficace car l'esprit vertueux est très rare par rapport à l'esprit négatif. L'esprit est comme un animal très sauvage, il est difficile de le dompter, c'est pourquoi il faut lire ou écouter encore et encore, réfléchir et méditer encore et encore !
Nous pouvons faire une session en commençant par méditer sur l'équanimité. Nous imaginons notre ennemi devant nous et nous observons nos réactions. Nous nous demandons pourquoi nous le considérons comme notre ennemi, ce qu'il nous a fait. Nous nous demandons si cette aversion nous apporte quelque chose, à nous-mêmes et aux autres, et nous constatons que non...
Ensuite nous faisons la même chose en imaginant un ami devant nous... Ainsi, petit à petit, nous allons développer l'équanimité.
Il est important de garder la continuité dans la pratique du Dharma, c'est ainsi que nous obtiendrons des résultats, mais pratiquer intensément une courte période ne sera pas si efficace. Même dans la vie courante, dans les affaires mondaines, pour obtenir un résultat il faut une cause, sans cause, pas de résultat. Répéter chaque jour : "Puissé-je devenir Bouddha, puissé-je devenir Bouddha..." n'est pas suffisant, cette prière doit être soutenue par l'action pour que le résultat soit obtenu.
En tibétain, méditation se dit Gom. Gom signifie 'habituer', habituer l'esprit à quelque chose de positif. La méditation est une activité de l'esprit. Il y a 2 sortes de méditations analytique et de placement (de concentration) Bien que la concentration aide beaucoup à obtenir les résultats, la méditation analytique est néanmoins la plus importante. D'une manière générale, il nous faut commencer par l'analytique et ensuite dans la méditation d'engagement, qui signifie que l'esprit s'engage spontanément vers l'objet de concentration. Notre esprit comporte beaucoup d'aspects divers, positifs et négatifs, de la compassion, de la générosité... et de l'orgueil...
Il faut d'abord écouter (l'enseignement) puis réfléchir et ensuite méditer, c'est ainsi que nous obtiendrons un résultat. Le but de l'écoute du Dharma est d'aider l'esprit à se tourner vers la vertu et à se débarrasser du non vertu.
Ecouter l'enseignement est déjà très bien mais ensuite il nous faut contempler, c'est-à-dire 'mélanger' l'esprit à l'enseignement, le goûter, 'faire pousser le sens de l'enseignement' dans notre esprit. Le but de l'écoute n'est pas de devenir érudit mais de transformer notre esprit en faisant grandir ses qualités. Il faut donc, premièrement écouter, deuxièmement développer la confiance que c'est bénéfique et troisièmement pratiquer jour et nuit.
Pour cela il est important de développer d'abord les conditions favorables en tournant notre esprit vers le positif (comme aller dans un centre de dharma, lire des enseignements, ce sont des conditions favorables pour aider notre esprit).
Il y avait trois guéshé Kadampa, un qui enseignait, un autre qui travaillait (il construisait des monastères, etc.) et un troisième qui méditait intensément sur la compassion. Un moine demanda à Atisha lequel parmi les trois accomplissant la meilleure pratique. "Parmi les trois, celui qui pratique dans la grotte est le meilleur" répondit Atisha. La méditation analytique est donc la meilleure des pratiques. Bodhicitta est considérée comme très puissante pour éliminer les perturbations, même une minute de méditation sur bodhicitta élimine beaucoup de karma négatif car elle est le résultat de beaucoup d'efforts et de pratiques précédentes (l'amour, la compassion, etc.)
Nous n'avons pas encore développé bodhicitta, elle est le résultat d'une longue pratique, de nombreux préliminaires. Il est bon de passer 15 mn pour développer l'équanimité, 15 mn pour développer la reconnaissance, etc. jusqu'à ce que nous obtenons une expérience. Méditer est donc réfléchir sur la compassion, etc., c'est un esprit actif.
Pour obtenir le meilleur résultat de cette méditation analytique, il faut d'abord développer un certain niveau de calme mental (shiné, cela aide à rester sans distraction sur le sujet, sinon l'esprit est comme un singe qui saute de branche en branche, distrait.
L'objet de concentration de shiné est fonction de la personne qui pratique, ce peut être la respiration, l'image mentale du Bouddha... le but de shiné est d'être capable de rester concentré sur un sujet, c'est l'opposé de la distraction. Sans shiné l'esprit est comme un flamme au vent qui bouge de tous côtés. Shiné permet de demeurer sur le sujet, ainsi il n'y a pas d'obstacle à l'analyse. Il est important de faire le méditation en alternance : shiné, méditation analytique sur le lamrim, shiné... Les sujets de méditation sont nombreux : la mort, l'impermanence, le maître spirituel...). Il faut d'abord connaître le Lamrim puis réfléchir à ces sujets, ce qui nous permet d'être plus proches de la réalité de notre vie.
Quand nous parlons d'obtenir une réalisation, il s'agit d'obtenir une expérience. Quand nous arrivons à constater, sans effort, que tout est impermanent, ce qui arrive au bout d'une longue pratique, nous avons obtenu la réalisation de l'impermanence. Si nous ne pensons pas à la mort, nous pouvons penser que cette vie est très agréable. Le bouddhisme insiste sur la pensée de la mort car cette pensée aide à pratiquer la vertu et à éviter la no vertu, ce qui nous fera éviter les royaumes inférieurs.
Le bouddhisme peut être pratiqué à différents niveaux, certains ne pensent qu'à cette vie et le bouddhisme les aide à être calmes, 'zen'. Mais cela n'est pas vraiment utile car ne connaissant pas la loi de cause à effet ils ne pensent pas aux vies prochaines. Si nous ne pensons pas à la réincarnation, nous ne bénéficions pas du vrai message du Bouddha, c'est pourquoi il est important de se poser des questions, d'analyser, jusqu'à comprendre la réalité de la réincarnation.
Bien sûr, bodhicitta n'est pas facile, cela demande du temps et des efforts. Il nous faut tout d'abord, dans un premier temps, souhaiter développer bodhicitta, entraîner notre esprit dans les Quatre Nobles Vérités et la pratique des Six Perfections. Il nous faut aussi, à chaque fois que nous avons pratiqué, faire la dédicace : dédier l’obtention de l'éveil. Si nous ne dédions pas nos mérites, ils risquent d'être détruits (par la colère etc.)
Il est dit très clairement que si nous voulons vraiment développer notre esprit il nous faut garder le Lamrim comme pratique principale, ensuite en ajoutant le tantra sur cette base cela deviendra efficace. Sans Lamrim, sans connaître la loi de cause à effet, sans bodhicitta, etc., la pratique de la déité est une pratique ordinaire. Méditer sans penser aide peut-être le corps mais pas l'esprit. Le but de l'écoute et de la méditation est de faire grandir nos côtés positifs. Nous avons bien de l'amour en nous mais pour l'instant il est tout petit, pour le développer il nous faut pratiquer. La méditation doit toujours être soutenue par le raisonnement.
Les enseignements du Bouddha ne sont pas réservés aux asiatiques : ils sont faits pour l'esprit humain, pour développer nos qualités. Tout le monde le peut, c'est juste une question d'effort, de détermination.
Par exemple, dans le Lamrim il est question de la Précieuse Renaissance Humaine et si nous y réfléchissons, en nous basant sur l'enseignement de Lama Tsongkhapa, nous allons comprende combien ce corps est précieux et que parmi toutes les qualités que nous pouvons développer, la meilleure est bodhicitta.
Donc, je le répète encore : la pratique du Dharma doit être basée sur la croyance en la réincarnation (cela permet d'aller plus loin et de respecter la loi de cause à effet). Il nous faut donc réfléchir à ce sujet, chercher les preuves...
Il y a une différence de culture entre les pays asiatiques et occidentaux : les asiatiques croient naturellement en la réincarnation sans avoir besoin de preuves et cette croyance aide beaucoup à faire de bonnes actions. Il est dans leur culture de prier pour les bonnes réincarnations, où nous serons guidés par un maître spirituel authentique. Ici, nous devons nous baser sur la logique et c'est bien parce qu'une fois que nous aurons bien analysé et obtenu les preuves, notre conviction sera stable.
Nous avons beaucoup de chance en ce moment parce que le Dharma est arrivé en Occident et que nous pouvons y avoir accès dans notre pays. De plus en plus de gens fréquentent les centres bouddhistes car le Dharma traite de l'esprit et l'esprit est la source du bonheur et de la souffrance, et je pense que de plus en plus de gens viendront. D'autres choisissent d'autres traditions, par rapport à leurs connexions karmiques.
Nous trouvons dans le Lamrim des explications détaillées de bodhicitta. Il y a différents types de bodhicitta, en termes de nature et en termes de fonction, nous parlons de vingt deux sortes de bodhicitta (comme un roi...) et aussi de six, mais en résumé nous pouvons en distinguer deux :
La bodhicitta d'aspiration (c'est comme quelqu'un qui voudrait aller à Paris mais n'est pas parti, ce n'est qu'un souhait) ;
La bodhicitta d'engagement (il part pour Paris), nous nous engageons dans la pratique des 6 perfections.
Quand le le souhait est soutenu par la pratique, il y a engagement, quand il n'est pas soutenu par la pratique c'est simplement l'aspiration.
Le Texte de Shantidéva, "Bodhisattvacharyavatara" décrit toute la pratique de bodhicitta.
Strophe 8
Si je n’engendre que le seul esprit d’Eveil
Sans mettre en pratique les trois sortes d’éthique,
Je n’atteindrai pas l’Eveil.
Veuillez me bénir afin qu’ayant bien compris cela,
J’observe avec grande ardeur les vœux de bodhisattva.
Si nous n'avons que le souhait sans avoir les trois sortes d'éthique et les six perfections (les vœux des fils des conquérants) nous n'avons pas la bodhicitta d'engagement et nous ne pouvons atteindre l'éveil. Nous prions donc pour être capables de pratiquer les trois sortes de moralité qui sont : éviter les actions négatives du corps, de la parole et de l'esprit ; pratiquer la vertu ; être bénéfique aux êtres, avec les différents moyens qui apportent le bonheur aux autres. Si nous faisons cela avec en plus la pratique des 6 perfections, il est certain que nous atteindrons l'éveil.
Dimanche 13 novembre 2005
Strophe 9
Veuillez me bénir afin qu’ayant apaisé les distractions envers les objets incorrects
Et analysé correctement le sens de la réalité,
Je fasse naître rapidement dans mon continuum mental
La voie de l’union du calme mental et de la vue profonde.
Comment développer shiné et lhagtong ?
Pour pratiquer le Lamrim et quelque soit le niveau de pratique (le premier niveau qui consiste à éviter les actions négatives afin d'obtenir des renaissances supérieures ; le second niveau qui vise l'obtention de la libération ; le troisième niveau dont le but est d'atteindre l'état de Bouddha pour le bien des êtres) il est important de pratiquer shiné, le calme mental et lhagtong, la vue profonde. Il nous faut 'apaiser les distractions envers les objets incorrects', tous les objets qui provoquent des perturbations et aussi 'analyser correctement le sens de la réalité', c'est-à-dire comprendre la vacuité.
Le calme mental permet d'éliminer les distractions envers les objets incorrects et la vue profonde permet de comprendre la vue correcte, c'est-à-dire de méditer correctement sur la vacuité. Comme je l'ai déjà dit, pour que notre pratique soit efficace, pour que nous obtenions des réalisations, il nous faut avoir développé shiné, sinon notre esprit ne peut rester sur l'objet et nous n'obtenons pas de résultat.
Shiné comprend 9 niveaux de développement de la concentration.
Placement de l'esprit sur l'objet.
Le premier niveau de shiné est de poser l'esprit sur l'objet de concentration, à ce niveau il n'y a pas de continuité du placement de l'esprit, la concentration est plus souvent non engagée qu'engagée dans l'objet.
Placement continu.
Au deuxième niveau l'esprit reste sur l'objet de façon plus durable mais cela reste très court, interrompu par l'opacité et l'agitation.
Ensuite, du 3ème au 7ème niveau, la durée de concentration va augmenter progressivement, l'opacité et l'agitation seront de plus en plus facilement reconnues et gérées.
Replacement
la concentration est interrompue mais nous revenons sur l'objet
Placement soutenu
La continuité de la concentration est plus longue.
Fixation sur l'objet avec pacification (discipline)
L'esprit prend plaisir à s'engager dans l'objet. L'opacité et l'agitation grossières ne se produisent plus.
Pacification
Le pratiquant voit toutes les qualités de la concentration, ce qui aide automatiquement à éliminer toutes les fautes de la distraction. Nous appliquons les remèdes à l'agitation subtile.
Complète pacification
Les distractions et les perturbations sont complètement pacifiées.
Au 8 ème et 9 ème niveau il n'y a plus ni opacité ni agitation mais au 8ème stade il faut encore faire un effort tandis qu'au 9ème il n'y a plus besoin d'effort, l'esprit est devenu très stable.
La focalisation
L'esprit demeure sur l'objet en un point (avec beaucoup de concentration) mais l'effort est encore nécessaire.
Engagement spontané (égalité d'esprit)
Plus aucun effort n'est nécessaire.
A la fin de la
neuvième étape, nous obtenons la souplesse du corps et
de l'esprit La réalisation véritable de shiné
est obtenue après ce 9ème stade.
Vous connaissez sans doute l'illustration des étapes de shiné avec l'éléphant et le singe, l'éléphant devient de plus en plus blanc au fur et à mesure que la distraction est éliminée...
Quand nous avons développé la concentration, l'esprit est apte à pratiquer efficacement.. Shiné n'existe pas que dans la tradition tibétaine mais dans d'autres traditions. Littéralement, shiné signifie 'demeurer en paix'. Lorsque la concentration est développée, la paix est là, naturellement. Dans le bouddhisme, la pratique de shiné est liée à lhagtong (la vue profonde, la réalité des choses, la vraie nature de l'objet : la vacuité).
Les conditions pour développer shiné sont expliquées
dans différents commentaires.
1) la première
condition favorable est de demeurer dans un endroit calme, convenable
: un lieu qui convient à notre santé (du point de vue
du climat...), sans dangers (animaux sauvages...), où tous nos
besoins matériels sont à notre disposition (la
nourriture...), tranquille, avec de bons compagnons.
2) la seconde d'avoir peu de désirs (c'est à nous de développer cette condition en réduisant nos désirs) ;
3) la troisième d'être satisfaits de ce que nous avons ;
4) la quatrième de réduire ses activités (ne pas s'engager dans plusieurs activités en même temps) ;
5) la cinquième de garder une moralité pure (garder purement les vœux que nous avons pris) ;
6) la sixième d'abandonner les projections mentales (cesser d'interpréter, de commenter mentalement).
Il faut donc tout d'abord réunir ces 6 causes afin de développer shiné, ensuite, pour la pratique elle-même il y a ces 9 stades à parcourir, au fur et à mesure de la progression l'esprit va devenir de plus en plus fort et pur, le temps de concentration de plus en plus long.
Pour réaliser shiné il nous faudra aussi connaître les cinq obstacles, les huit remèdes (ou huit engagements) les six forces (ou six pouvoirs) et les quatre attentions (ou quatre convictions).
Les 8 engagements ou 8 remèdes sont 8 outils pour traverser ces 8 étapes, il nous faut les développer :
la foi, ou confiance (en le calme mental) ;
l'aspiration ;
l'effort joyeux ;
l'extase du corps et de l'esprit (la souplesse) ;
la mémoire ;
la vigilance ;
l'application (la volonté) ;
l'équanimité.
Il nous faut abandonner les 5 obstacles (ou 5 fautes) :
la paresse. Les 4 premiers remèdes en sont les antidotes.
l'oubli des instructions. Le cinquième remède, la mémoire, en est l'antidote.
Torpeur et agitation. Le remède est le cinquième, la vigilance ;
le non application (des antidotes contre la torpeur et l'agitation). Le remède est le septième, l'application ;
l'application (d'un remède quand ce n'est pas utile. Le remède est le huitième, l'équanimité.
Pour pratiquer shiné il est essentiel de connaître tous ces points. Puis développer les 6 pouvoirs (qui sont des méthodes pour développer la concentration à travers les 9 stades mentaux (les pouvoirs de l'écoute, de la réflexion, de la mémoire, de l'attention, de l'effort joyeux et de la complète familiarisation) et les 4 attentions (l'attention forcée, l'attention interrompue, l'attention ininterrompue, l'attention sans effort). Il nous faut donc, pour développer shiné :
réunir les 6 conditions favorables (chercher un lieu propice...) ;
étudier les 9 étapes ;
les 5 fautes ;
développer les 8 engagements...
Je vous conseille de connaître tous ces points par cœur.
Ensuite il va falloir choisir un objet de concentration (un stoupa, une statuette de Bouddha...), observer la durée de notre concentration, examiner si torpeur ou distraction surgissent, appliquer le remède adéquat. Puis continuer : faire l'expérience encore et encore, jusqu'à l'obtention de shiné en augmentant la durée jusqu'à obtenir la stabilité de l'esprit puis méditer sur la vacuité pour obtenir l'union de shiné/lhagtong, l'union du calme mental et de la vue pénétrante.
Une bonne réalisation de shiné aide directement à
éliminer les perturbations. Si nous avons maintenant des
perturbations et des distractions dans notre vie de tous les jours
c'est parce que nous n'avons pas réalisé shiné.
Si l'esprit est stable, il est clair et demeure du côté
positif, stable comme une montagne.
Shérab signifie
'sagesse', cela a plusieurs sens, dans le cadre de shiné/lhagtong
il s'agit de la réalisation de la vraie nature des phénomènes,
la nature absolue des phénomènes, la vacuité.
Dans les 6 perfections, la perfection de la sagesse est l'esprit qui
réalise la vraie nature des phénomènes, la
nature absolue, la vacuité. Cet esprit de sagesse est
l'antidote direct aux perturbations (l'amour, la compassion, etc.
n'ont pas la capacité d'éliminer les perturbations à
la racine. Pour que shérab élimine complètement
les perturbations à la racine, il a besoin de shiné.
Sans shiné, shérab n'élimine pas
parfaitement les perturbations à la racine, de même que
la hache (de la sagesse) a besoin d'un bras fort et stable (shiné)
pour couper l'arbre. Tous les shérab ne sont pas
sagesse qui réalisent la vacuité (l'ainsité, la
nature ultime) il y a aussi shérab qui est sagesse
réalisant la réalité conventionnelle des
phénomènes.
Lhagtong, la vue profonde, la 6ème perfection, est obligatoirement shérab mais tous les shérab ne sont pas lhagtong.
Pourquoi réaliser la vacuité est-il si important. Parmi toutes les perturbations la saisie du soi est la plus importante et son antidote est lhagtong, la sagesse qui réalise la vacuité. Nous avons une croyance innée en un je intrinsèque, inhérents, (nous ne pensons pas qu'il dépend de causes et de conditions. L'antidote à la saisie du soi, du je, est l'esprit qui réalise le non soi de la personne, sa vacuité.
Depuis des temps sans commencement nous reprenons naissance, nous mourons, renaissons.... dans le samsara, seule la sagesse qui réalise la vacuité peut couper ce cycle.
Nous pouvons donc comprendre que réaliser shiné est un long travail, il ne s'agit pas simplement de 'rester calme'. Shiné va nous aider à développer la sagesse et grâce à l'union du calme mental et de la vue pénétrante, shiné/lhagtong, nous allons couper la racine du samsara.
Strophe 10
Veuillez me bénir afin que, devenu un réceptacle pur
Par la pratique de la voie commune,
Je franchisse le seuil sacré des êtres fortunés,
Le suprême véhicule du vajra.
Pour pratiquer le tantra il faut d'abord pratiquer la voie commune, c'est-à-dire le Lamrim. Dont les trois sujets principaux, les trois principes du chemin, sont le renoncement, bodhicitta et shounyata, la vacuité. Ensuite, ayant développé ces 3 aspects, nous pouvons pratiquer le tantra. Si nous commençons directement à pratiquer le tantra nous n'obtiendrons pas de résultats, il faut d'abord la base, qui est la voie commune.
Je vous conseille de prendre votre temps pour étudier, comprendre la vacuité. Après avoir pratiqué la voie commune, le soutrayana, le tantra est indispensable pour atteindre l'éveil. Si nous suivons l'ordre, soutra et ensuite tantra, notre pratique sera efficace. Pratiquer le tantra ne se résume pas à réciter des mantras, la pratique du tantra est basée sur des visualisations. Au début " tout devient vide", pour comprendre et 'visualiser' cela il faut avoir bien compris la vacuité. Il est aussi beaucoup question de félicité, il faut donc en connaître le sens profond.
De nos jours il est très difficile de faire comme autrefois car nous n'avons pas beaucoup de temps, il ne faut donc pas obligatoirement avoir toutes les réalisations du Lamrim mais au moins avoir une bonne connaissance des 3 principes du chemin, ensuite, si nous avons une foi profonde, nous pouvons commencer à pratiquer le tantra.
Le tantra est la voie rapide, mais rapide seulement si nous avons une bonne compréhension et pratique du Lamrim, sinon ce n'est pas une voie rapide, (c'est comme de vouloir faire un bon gâteau sans beurre ni lait)).
Strophe 11
Dès lors, la base d’accomplissement des deux types de réalisations
Est l’observance pure des vœux et engagements secrets.
Veuillez me bénir afin que, fermement convaincu de cela,
Je les protège, même au prix de ma vie.
Nous demandons les bénédictions afin de garder purement nos vœux et engagements. 'Dès lors', à ce moment-là, après la voie commune, nous étant engagés dans le tantra, garder les vœux est très important pour obtenir les deux types de réalisations, suprême et communes, il faut les garder purs même au prix de notre vie. Dans le Lama Tcheupa il y a une prière pour garder purs les 3 types de vœux (de pratimoksha, de bodhicitta et de mantra secret), même au prix de notre vie : " J'implore votre bénédiction afin de chérir plus encore que ma vie mes vœux et samayas, racines des siddhis "
Strophe 12
Veuillez me bénir afin qu’ayant réalisé
L’importance des deux stades, essence du vajrayana,
Je réalise les enseignements du saint maître
En m’adonnant avec grande ardeur
A la pratique des quatre sessions, sans jamais les abandonner.
C'est une prière pour, après avoir pratiqué le Lamrim et s'être engagé dans le tantra en respectant ses vœux, pratiquer les deux stades, le stade de génération et le stade d'accomplissement et les quatre sessions.
Strophe 13
Ainsi, puissent les maîtres qui montrent la noble voie
Et les amis spirituels qui la pratiquent, jouir d’une longue vie.
Veuillez me bénir afin que tous les obstacles intérieurs et extérieurs
Soient complètement dissipés.
C'est une prière pour que tous les maîtres et amis spirituels (les personnes avec lesquelles nous partageons les connaissances du Dharma) vivent longtemps. Nous prions aussi pour que tous les obstacles internes et externes à la pratique du Dharma soient éliminés.
Strophe 14
Dans toutes mes existences, sans jamais être séparé des maîtres parfaits,
Puissé-je jouir de la splendeur du Dharma.
En parachevant les qualités des terres et des chemins,
Puissé-je rapidement atteindre l’état de Vajradhara.
Cette prière est souvent dite à la fin des sadhanas ou poujas : "Puissé-je ne pas être séparé des maîtres, jouir du Dharma et parachever les qualités des terres et chemin jusqu'à l'état de Vajradhara."
Ce texte est donc une prière pour que notre esprit soit béni afin que nous devenions un réceptacle approprié pour recevoir le nectar de l'enseignement. Ce court texte contient tous les points essentiels du Lamrim, il est en soi une méditation, un rappel de tous les points importants, il est une base de réflexion. Je vous conseille donc de l'apprendre par cœur.
Conclusion :
Ecouter l'enseignement est bien mais le but n'est pas de devenir un érudit, le but est de transformer notre esprit (en éliminant nos défauts, nos perturbations, et en développant nos qualités. Il nous faut 'mélanger' notre esprit avec le Dharma, le sens de l'enseignement. Si nous ne progressons pas, cela ne vient pas du Dharma mais de notre paresse, de notre agitation... Le Bouddha a dit de juger par nous-mêmes si le Dharma est utile ou non, s'il nous est utile, pratiquons-le, sinon...
Si nous pratiquons vraiment, si nous ne faisons pas le contraire de ce qui est enseigné, il y aura obligatoirement une amélioration. Il nous faut tout d'abord étudier, développer la foi en la réincarnation au départ, puis étudier les Nobles Vérités, les 10 actions vertueuses, etc. Il nous faut d'abord commencer par les choses faciles, et voir à long terme, nous ne pouvons nous attendre à tout réaliser tout d'un coup.