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Enseignements à Ganden Tcheuling
Lire l'enseignement de Gueshé Lobsang Tengyé sur le Bouddhisme TantriqueLA VACUITÉ
Enseignement du Vénérable Gueshé Lobsang Djampel à Ganden Tcheuling
(31 mars et 1er avril 2001)
Afin d’accumuler des mérites pendant cet enseignement, commençons par établir une bonne motivation. Essayons pendant quelques minutes de développer bodhicitta, c’est à dire le souhait d’atteindre l’illumination afin de pouvoir être bénéfique à tous les êtres.
Pendant quelques minutes, essayons d’engendrer le souhait que tous les êtres puissent obtenir le bonheur et les causes du bonheur…
Que tous les êtres soient séparés de la souffrance et de ses causes que sont les trois perturbations racines – l’attachement, la haine et l’ignorance…
Puissent-ils atteindre et ne connaître que le bonheur parfait, libre de toute souffrance…
Essayons de développer un sentiment d’égalité envers tous les êtres qui nous entourent. En tant qu’êtres humains nous avons tendance à nous attacher à certaines personnes et à en rejeter d’autres, essayons d’éliminer ces préférences et d’éprouver un amour et une compassion équanimes…
Développons le souhait d’atteindre l’état de Bouddha afin d’être bénéfique à tous les êtres, parce que nous ne serons capables de servir véritablement les êtres, de façon correcte et efficace, qu’à ce moment-là…
Nous avons ainsi établi une bonne motivation.
Après ces préliminaires, nous pouvons maintenant aborder le sujet de l’enseignement d’aujourd’hui, c’est-à-dire la vacuité, shunyata. Nous devons prendre conscience qu’il est très important de saisir la signification de la vacuité. Si l’on n’a pas développé la sagesse qui réalise la vacuité, on ne pourra pas atteindre l’illumination, on sera soumis à des perturbations telles que l’attachement ou l’aversion.
Pour développer à la perfection ces trois qualités que sont la compassion, l’amour et la bodhicitta, il faut éliminer les perturbations mentales et pour les éliminer complètement il faut la sagesse qui réalise la vacuité. Les perturbations sont nombreuses et elles ont pour racine commune l’ignorance. Celle-ci peut être éliminée par la sagesse qui réalise la vacuité, c’est-à-dire par la compréhension de ce que sont en réalité les phénomènes et les personnes.
Nous ne voyons pas les choses telles qu’elles existent en réalité, notre vision des choses et des personnes est erronée. Et c’est cette ignorance qui est la base, la racine des perturbations comme la colère et l’attachement. En fait, ce que nous faisons, inconsciemment, c’est que nous superposons des qualités –positives ou négatives- sur les phénomènes ou sur les gens. C’est sur la base des ces qualités surajoutées que nous allons éprouver soit de l’attachement soit de l’aversion.
Prenons l’exemple d’une personne amoureuse. Elle ne va trouver que des qualités à l’objet de son amour. Mais après quelque temps, si ses sentiments changent, elle va lui trouver tous les défaut. Ces qualités et ces défauts ne sont que des projections, des idées que l’on se fait. Quand on déteste quelqu’un, on ne lui attribue que des défauts, si cette personne devient notre ami, nos sentiments et notre perception changent. Ce n’est pas la personne elle-même qui a pas changé : elle n’a pas plus de qualités qu’avant, elle n’est pas plus belle… seuls notre regard, l’image qu’on a de cette personne se sont transformés.
Il est très important d’observer la façon dont on perçoit les choses, la façon dont on se crée une image des personnes et des phénomènes, de voir qu’en fait tout vient de notre esprit. On peut observer aussi que de cette ignorance, de cette vue fausse, naissent les émotions négatives, les perturbations. Ainsi, si on détruit l’ignorance, on détruira les perturbations.
Comment éliminer cette ignorance ? D’abord, comme on l’a dit, en observant la façon dont on superpose des défauts ou des qualités sur les personnes ou les phénomènes.
Ensuite en prenant conscience qu’en réalité aucun phénomène n’existe de façon inhérente, indépendante. Chaque chose existe end dépendance de différents facteurs. Aucun élément, même la plus petite particule n’existe de son propre côté, sans dépendre d’autre chose. Chaque chose existe en dépendance de causes et de conditions, ainsi que de parties, chaque chose existe reliée à d’autres phénomènes. Rien n’est établi de son propre fait, de par soi-même, indépendamment, de façon inhérente . C’est ce que signifie vacuité. « Vacuité » veut dire « vide ». Ce qui ne signifie pas « néant » mais « vide d’exister de son propre côté ». Aucun phénomène n’existe de par lui-même. Tous les phénomènes sont interdépendants.
Considérons les quatre éléments (qui sont l’eau, l’air, la terre et le feu). Sans eau, pas de vie ; sans feu, sans chaleur, pas de vie ; sans air, sans vent, pas de vie ; sans terre, pas de vie : si un seul de ces éléments manque, la vie est impossible. L’interdépendance des quatre éléments est indispensable à la vie.
Toutes choses existent en dépendance de causes, de conditions et de parties. Cette manière d’exister, l’interdépendance ou la vacuité, est omniprésente. On peut voir que notre corps dépend de causes et de conditions extérieures : pour la nourriture ou les vêtements par exemple nous dépendons entièrement des autres. Rien ne vient de soi-même.
De plus, les êtres humains étant des êtres sociables, on peut voir qu’au niveau mental également nous dépendons des autres (pour être en bonne santé psychologiquement). Un être humain totalement coupé de ses semblable risquerait de devenir fou.
Il suffit donc d’observer par soi-même les choses et les personnes pour se rendre compte de leur interdépendance. Après avoir pris conscience de ce fait on en déduira qu’il est inapproprié de vivre uniquement pour soi puisque tout nous vient des autres. Cette réflexion sur la vacuité, sur l’interdépendance, cette prise de conscience que tout ce qui nous permet d’exister nous vient des autres, que tout notre bonheur nous vient des autres, va nous pousser à vouloir leur rendre leur bonté. Et on va ainsi, petit à petit, développer l’amour et la compassion.
Puis, en réfléchissant davantage, on va se rendre compte que tous les êtres ont la même nature et que s’attacher à l’un et rejeter l’autre n’a pas de sens. Actuellement, on s’attache à certaines personnes, on en déteste d’autres, et le reste de l’univers nous est indifférent. Pourtant, en observant notre vie, nous avons sans doute tous été attaché à une personne qui est ensuite devenue notre ennemi, et inversement. Nous pouvons donc nous rendre compte de la nature changeante de nos émotions et des inconvénients qu’il y a à développer de l’attachement ou de l’aversion.
En résumé, « vacuité » signifie que les phénomènes n’existent pas de façon inhérente mais de manière interdépendante.
Il sera complètement impossible de s’attacher ou de détester quelqu’un pour une personne ayant réalisé la vacuité, parce qu’elle voit chaque chose dans sa nature véritable. Ce qui ne veut pas dire qu’elle sera incapable de faire la différence entre une personne âgée et un bébé…
Une telle personne ne perçoit pas les choses comme nous. Elle perçoit les êtres et les phénomènes dans leur nature interdépendante, dans leur nature de vacuité. Son esprit est en paix et elle ne fait pas de distinction entre ami et ennemi; elle n’éprouve qu’amour et compassion.
La plupart de nos problèmes viennent du fait que notre esprit n’est pas maîtrisé. Nous sommes soumis à des perturbations qui ne nous laissent pas en paix.. Si on réfléchit, on peut constater que bien des problèmes viennent de nous-mêmes et non de l’extérieur. Observons bien, objectivement : combien de problèmes viennent de l’extérieur et combien viennent de notre propre esprit non maîtrisé ? En observant notre vie, nous nous rendons compte de tous les problèmes que nous a causé et que nous cause notre esprit non maîtrisé. Par exemple dans nos relations avec notre conjoint : s’il n’est pas là, il nous manque, nous souffrons de son absence ; et s’il est là il peut y avoir un tas de problèmes relationnels. Tout cela est créé par notre esprit halluciné et incontrôlé qui projette des qualités est des défauts qui sont absents. Ces problèmes de couples ne pourront arriver à des personnes qui ont développé la compassion, ils vivront en harmonie et cela s’étendra aux autres. Développer l’amour apportera le bonheur et la paix en nous et autour de nous.
En agissant ainsi, en ayant de la compassion et de l’amour, même si nous ne cherchons pas à être heureux, même si nous ne voulons pas être heureux, nous le serons, car le développement de ces qualités sont la cause du bonheur bien plus que la recherche de plaisirs ? Cela aussi nous pouvons l’observer dans notre vie : on peut voir des gens riches qui ont une situation élevée, qui sont renommés, qui semblent avoir tout pour être heureux… et qui pourtant sont malheureux et désespérés. A l’inverse, des gens qui ne possèdent rien mais qui ont développé la compassion et maîtrisé leur esprit sont heureux. On peut en conclure que le bonheur vient de l’intérieur, de l’esprit. Le bonheur vient de l’esprit d’amour qu’on a développé. Si l’esprit n’est pas contrôlé, on voudra toujours plus sans être jamais satisfait.
La réflexion et la méditation sur la vacuité permettent de pacifier l’esprit en éliminant les perturbations mentales. Un pratiquant du Dharma sérieux ne peut dire : « je suis très malheureux », il est impossible qu’il ressente un tel état d’esprit.
Pratiquer le Dharma et essayer de comprendre la vacuité, c’est donner un sens à sa vie.
Quand les enfants sont petits, il est très important, quand leur esprit est flexible, de les introduire à cette façon de penser, de ne pas solidifier le monde, de leur montrer que les choses existent en interdépendance, que chaque chose existe en dépendance de causes, de conditions et de parties.
On distingue deux sortes de vacuités :
Quand on parle de « vacuité des personnes » cela n’implique pas que la personne n’existe pas du tout. Elle n’existe pas de façon inhérente, mais elle existe en dépendance. Le terme vacuité (emptiness en anglais) peut prêter à confusion. Il ne signifie pas complètement vide, néant, non existence totale. Il signifie vide d’exister de son propre côté de son propre fait, vide d’exister de façon inhérente, indépendante. Vacuité signifie vide d’exister d’une certaine façon mais pas complètement non existant.
Si rien n’existait du tout, il serait complètement inutile de faire quoi que ce soit. Ce qui n’existe pas c’est les projections que nous faisons sur les choses, notre façon de les cristalliser, de les figer.
Faisons maintenant une méditation analytique sur la vacuité en procédant ainsi:
Considérons notre corps, l’agrégat de la forme, qui est composé des 4 éléments qu’on a vus tout à l’heure. Essayons de trouver le je dans cet agrégat de la forme, dans ce corps. Cherchons dans chaque partie de notre corps. Dans la tête…dans les mains… dans les jambes…
Même par cette analyse grossière, nous pouvons nous rendre compte que nous ne pouvons situer le je nulle part dans notre corps.
On peut faire la même chose avec une personne que l’on déteste. On ne trouvera nulle part cette personne. Du sommet du crâne jusqu’au bout des pieds, on ne la trouvera nulle part. Sur quoi est donc fondé notre ressentiment ? Où est l’objet de notre aversion ?
Si nous ne pouvons pas trouver la personne qui a proféré des paroles blessantes contre nous, il nous reste la solution de nous mettre en colère contre les paroles elles-mêmes. Mais les paroles sont elles aussi insaisissables. Ces paroles qui nous ont blessé sont entrées dans notre oreille, alors peut-être devrions-nous nous mettre en colère contre notre oreille !?
En cherchant ainsi l’ennemi introuvable, on finira par abandonner la colère et trouver la paix mentale.
En fait, en se mettant en colère, c’est à soi-même qu’on fait du mal. Ce n’est pas une attitude sage. Même si on arrive à ne pas l’extérioriser, on en souffre intérieurement. Rien n’est bon dans la colère. Pensons que la personne, objet de notre colère, n’a pas d’existence inhérente. Pensons aussi que, exactement comme nous, elle ne fait que chercher le bonheur. Pensons que, exactement comme nous, elle ne veut pas souffrir, et que notre colère lui ferait du mal, ainsi qu’à nous-même. Essayons de pratiquer de cette manière, en considérant que la personne en face de nous est notre égal et en développant de la compassion pour elle.
Aujourd’hui il y a parmi vous des personnes qui ne sont jamais venues c’est pourquoi je vais expliquer la signification de la prière de refuge que nous avons récitée au début.
La prise de refuge dans ce qu’on appelle les Trois Joyaux -le Bouddha, le Dharma et la Sangha-est considérée comme le premier pas quand on devient bouddhiste.
Qu’elle est la définition d’un Bouddhiste ? En quoi croient les bouddhistes ? Ils croient que l’esprit peut être transformé et qu’on peut atteindre l’éveil, ce qu’on appelle l’état de Bouddha et qui est l’état de purification totale de l’esprit.
C’est le premier objet de refuge : quand on dit « je prends refuge dans le Bouddha ». Les défauts que l’on a à purifier ne se trouvent pas à l’extérieur de nous mais à l’intérieur de notre propre esprit. En plus de cette purification de tous les défauts il reste à acquérir toutes les qualités, à leur perfection. C’est le sens du mot tibétain Sang-guié qui signifie Bouddha : Celui qui a purifié tous les défauts et développé toutes les qualités à leur perfection.
Le second objet de refuge est le Dharma (Tcheu en tibétain). Ce mot peut être traduit par sentier ou pratique ou enseignement, doctrine. Ce sont différentes façons de traduire le mot Dharma (qui est ce qu’on doit pratiquer pour arriver à cette purification et à ce développement de toutes les qualités).
La Sangha est le troisième objet de refuge et peut être traduit par la communauté suprême, ce sont les personnes qui ont réalisé ce sentier.
Quant au terme je prends refuge, cela signifie qu’on a confiance en ces trois objets de refuge que sont le Bouddha, le Dharma et la Sangha, qu’on a foi en eux, en leur capacité de nous mener à l’illumination. Nous ne devons pas douter de la possibilité de nous transformer et d’obtenir la bouddhéité, c’est quelque chose de tout à fait possible.
Quant aux pratiques que nous allons devoir accomplir, sur ce sentier, pour arriver à l’éveil, la principale est la réalisation de la vacuité qui doit être accompagnée du développement de la compassion, de l’amour et de bodhicitta (bodhicitta c’est la volonté d’atteindre l’illumination pour le bien de tous les êtres).
Pour ce qui est de transformer notre esprit, d’éliminer tous les défauts qui sont en nous et d’acquérir toutes les qualités, personne ne pourra le faire à notre place. Aucun docteur, aucune personne ne pourra le faire pour nous. Tout est entre nos mains.
Quels sont donc les défauts –ou perturbations- que nous devons éliminer. Chacun le sait : il s’agit du désir, de l’attachement, de la jalousie, de l’orgueil, de la convoitise… tous ces défauts que tout le monde connaît. Et tout le monde peut voir les inconvénients de ces perturbations mentales. Par exemple, tout le monde sait que se mettre en colère nous fait perdre notre paix mentale, c’est déjà la première souffrance. Quant à l’orgueil, on voit bien qu’en étant orgueilleux on fait du mal aux autres, on les traite de haut… Et la jalousie, tout le monde se rend compte que quand on est jaloux on n’est pas heureux. On peut donc observer par soi-même les effets négatifs de ces perturbations. Prenons encore l’exemple de l’attachement, que tout le monde connaît bien. Quand on éprouve de l’attachement pour quelqu’un et qu’on ne peut pas l’avoir près de nous, cela nous empêche de dormir, nous coupe même l’appétit… Tout le monde a connu cela et on peut donc se rendre compte par soi-même de tous les inconvénients de l’attachement comme de toutes les autres perturbations. On peut se rendre compte que la souffrance que l’on ressent quand on est sous l’emprise de l’attachement ou d’autres perturbations ne vient pas de l’extérieur mais de notre propre esprit. La colère est une perturbation qui est encore plus évidente que l’attachement dans ses conséquences négatives. Quand on est en colère contre quelqu’un, le premier effet de cette colère est qu’on se sent mal, notre esprit est agité. Le deuxième effet négatif est que cette colère peut nous pousser à proférer des paroles néfastes et nous pouvons en arriver à des actes comme de faire mal ou même de tuer. Et si nous ne trouvons pas de solution nous pouvons même retourner cette colère contre nous-même et nous tuer. C’est donc l’émotion la plus évidente pour ce qui est de ses conséquences négatives.
Nous pouvons donc prendre conscience de la nécessité d’éliminer toutes ces émotions négatives, bien sûr pas tout d’un coup, ce ne serait pas réalisable, mais petit à petit. C’est nécessaire car non seulement elles sont causes de souffrances pour nous-même mais aussi pour les autres. A cause de ces émotions négatives on va faire souffrir les autres et les autres, en fait, sont exactement comme nous en ce qu’ils désirent tous le bonheur et ne veulent pas souffrir, exactement comme nous, il n’y a donc aucune raison pour qu’on leur fasse du mal. C’est pour cela que nous devons faire en sorte d’éliminer toutes ces perturbations mentales, progressivement.
Si on pratique conjointement avec la réflexion et la méditation sur la vacuité il n’y a aucun doute que l’on arrivera, petit à petit, à éliminer toutes nos émotions négatives.
Que va t-il se passer quand on aura réalisé la vacuité L’objet pour lequel on éprouvait soit de l’attachement soit de la haine, ce même objet on va alors le voir dans sa nature de vacuité, on va le voir tel qu’il est véritablement, sans plus faire de projections, et ainsi, naturellement, on ne va plus pouvoir éprouver ni haine ni attachement envers lui.
Les principales causes de nos souffrances sont la haine et l’attachement. Elles sont aussi ce qui nous fait faire du mal aux autres, elles sont aussi cause de souffrances pour les autres. On peut l’observer dans notre vie quotidienne. Par exemple, dans le cas d’une personne très attachée à la richesse : plus elle va avoir d’argent et plus elle va en vouloir, elle ne sera jamais satisfaite, elle n’aura jamais l’esprit en paix. Un autre exemple : quand on est en colère contre quelqu’un on peut voir soi-même qu’il nous est impossible alors d’être calme intérieurement, cela nous cause une souffrance intérieure. C’est donc quelque chose dont on peut se rendre compte en observant notre vie, c’est évident, surtout pour la colère : on peut voir combien elle nous fait souffrir et fait souffrir les autres. Il en est de même pour l’attachement. On peut voir clairement que ces deux émotions négatives, qui sont les principales perturbations, sont causes de souffrances pour soi-même et pour autrui. Et ces deux émotions négatives ont pour racine commune l’ignorance.
Petit à petit, plus on va arriver à éliminer ces deux émotions négatives, plus on va connaître la paix mentale, plus on va être heureux et cela va même avoir des répercutions sur notre corps : même physiquement on se sentira mieux, plus à l’aise.
Le seul moyen d’éliminer ces émotions perturbatrices qui sont la cause de toutes nos souffrances est de développer ces trois qualités que sont l’amour, la compassion et bodhicitta (qui est le désir d’atteindre l’illumination pour le bénéfice de tous les êtres) conjointement à la réalisation de la vacuité, il n’y a pas d’autre moyen. Si on a une maladie physique comme un mal de tête, un docteur pourra nous guérir, si on a une blessure, un chirurgien pourra nous soigner, mais ces maux mentaux que sont l’attachement, la colère, etc, aucun docteur ne pourra les guérir. Est-ce que quelqu’un d’entre nous connaît un médecin capable de nous enlever notre colère ou notre attachement par un médicament quelconque ou par d’autres méthodes ? Pour ces perturbations mentales il n’y a que nous qui puissions nous guérir, il n’y a que nous qui puissions être notre propre médecin, notre propre thérapeute, en utilisant comme méthode le développement de la compassion, de l’amour, de bodhicitta et la réalisation de la vacuité. Et la base, le fondement de cette élimination des émotions perturbatrices est la réalisation de la vacuité.
Comme on l’a dit hier, il y a deux sortes de vacuité :
La première chose à faire pour comprendre la vacuité de la personne, du je, c’est d’observer la façon dont ce je apparaît dans la vie de tous les jours. Quand on se réveille on pense : « j’ai faim ; je suis en colère ; je suis fatigué. Tout le temps, on pense je, je, je. Mais en fait quel est ce je, où est ce je. Si on réfléchit, si on médite, sur tout le corps, du sommet de la tête jusqu’au bout des pieds, il n’ a pas un endroit sur lequel on puisse pointer le doigt et dire « c’est là, le je est là ! ». On ne peut trouver ce je.
C’est la méditation que nous allons faire pendant deux minutes. Nous nous installons bien et nous pensons par exemple « je suis en colère » ou « j’ai faim, je veux une glace ». On va penser à ce je et on va le chercher, on va chercher à le localiser dans notre corps….
…
Donc, qu’avez vous eu comme expérience ?
Où est situé le je pour vous ? Avez-vous trouvé le je quelque part Avez-vous quelque chose à exprimer ?
Réponse d’une auditrice :
Dans le bouddhisme on considère qu’il y a deux parties dans l’esprit :
Quand tu dis que ton je est ton mental, à quoi te réfères-tu exactement parmi ces six points ? Et où est-ce que cela se situe ? Qu’est ce que c’est ? Est-ce la vue, l’odorat … ? Ou simplement les pensées ? Et où se situe ce je ?
(Elle montre le milieu de son front.)
Alors, tu es le milieu de ton front, donc, il y a un être au milieu de ton front, de ton cerveau, tu es là, au milieu de ton front. (rires)
Il y a une personne au milieu de ton front, de ton cerveau, une personne qui a des bras et des jambes… ?
Quelqu’un a t-il une autre expérience à exprimer ? Qui a trouvé un je quelque part ?
Réponse d’une autre auditrice :
« Le je est le continuum mental. »
Si tu penses que le je est dans le continuum mental… ce continuum mental, par définition, vient du continuum que tu avais à huit ans … et on peut remonter ainsi jusqu’à ta naissance. Ce continuum mental, d’après toi, viendrait-il de tes parents, de l’union d’un spermatozoïde de ton père et de l’ovule de ta mère ; ou viendrait-il d’un continuum mental précédent ?
- « D’un continuum mental précédent. »
Donc, tu admets l’idée que ce continuum mental ne vient pas d’une cause extérieure (le spermatozoïde et l’ovule). Maintenant, si tu dis que ce je est dans ce continuum mental, est-ce que tu peux dire où est ce continuum mental ?
En ce moment, nous te voyons là, assise sur ce coussin. Si tu dis « le je est le continuum mental », pourquoi ne peux-tu le localiser ? Pourquoi ne peux-tu te localiser toi-même. Nous te voyons tous, pourtant. Il est évident que tu est bien là, assise sur un coussin. Alors, si tu es le continuum mental, pourquoi n’arrives-tu pas à te localiser ? Si je demande à quelqu’un : «Où est Annie? » Tout le monde va répondre : « Elle est là. Il n’y a aucun doute, elle est bien là, assise sur le coussin ». Où est donc ce continuum ? Est-il dans le corps, à l’extérieur du corps, dans le doigt… ?
Réponse d’une autre personne :
« Partout, il est partout dans le corps, mais d’une autre manière il est ailleurs, il s’échappe du corps, il est omniprésent. Non, quand même pas omniprésent, mais il émane… En fait il est partout et nulle part ».
Quand je pense à ma tête, je peux la désigner, dire « ma tête est là », on ne se pose pas de question, on sait qu’elle est là. Mais le je où est –il . Dans mes mains ? Dans mes pieds ?…
Voilà, c’était juste une introduction à la méditation sur la vacuité. C’est la même chose pour la tête aussi : on peut tous toucher notre tête, mais si on analyse en profondeur, qu’on cherche où est notre tête : est-ce qu’elle est dans les yeux, dans les cheveux… En fait on ne va la trouver nulle part. C’est la même chose pour le je. Quand on dit je, on sent qu’on est là, mais si on analyse plus profondément, on ne trouve ce je dans aucune partie. Il en est de même pour toute chose. Finalement, on va arriver au point où tout va se dissoudre dans une espèce de vide, de vacuité. On arrivera au niveau des particules, de l’énergie. A la fin il ne reste plus rien. En conséquence, on va se rendre compte que ce je (et il en est de même pour tout objet) est juste un label, un nom, que l’on met sur un ensemble de choses qui n’existent pas de leur propre côté, qui n’existent pas inhéremment. C’est juste une désignation, une imputation de l’esprit sur cet ensemble.
Prenons maintenant l’exemple d’un phénomène, d’un objet extérieur comme une maison. Quand on va chercher la maison, on va constater qu’elle est constituée d’un toit, de fenêtres, de planchers, de portes… et dans aucune de ces parties on ne va pouvoir trouver la maison. En fait, la maison, qu’est-ce que c’est ? C’est juste un nom, c’est la désignation que l’esprit a donnée à cet ensemble de choses. Il est évident que s’il n’y a que le sol ou le toit, ce n’est pas une maison, on ne peut pas dire « c’est une maison ». Comme on l’a dit, la maison c’est cet ensemble de différentes parties et cette désignation qu’on a mise dessus. C’est comme pour le je, le soi. Tant qu’il est vivant, il existe en dépendance du corps, de parties, ensemble sur lequel on a mis le nom je ou X.
En fait, ce que tu as dit tout à l’heure à propos du continuum mental est vrai, lorsque tu dis « le je est imputé sur le continuum mental. Mais le continuum mental lui-même, c’est-à-dire cette succession de moments, n’est pas le je, c’est l’imputation, c’est le nom que tu mets sur ce continuum.
Et toi, lorsque tu disais que le je est là, au milieu du front, ce n’est pas non plus totalement faux. Parce que le je constitué de plusieurs parties. Mais en fait, ici ou là, quel que soit l’endroit où on le désigne, ce n’est qu’une partie du je, qui est constitué de plusieurs parties.
Si on dit que le je est dans le cerveau ou dans le cœur ou n’importe où, si c’était vrai, grâce aux rayons X ou à d’autres moyens scientifiques on pourrait le voir. Mais on ne peut le trouver, en aucune partie.
On va maintenant méditer encore un petit peu. On va se remémorer ce que l’on vient de dire et chercher le je dans la tête, dans chaque partie de la tête, on va chercher où est vraiment la tête… on va en arriver aux particules.
…
Et maintenant que nous avons vu que le je ne peut être trouvé nulle part en nous, on va faire la même analyse pour les objets extérieurs, comme par exemple une maison… on va voir que les objets extérieurs, comme la maison, ne peuvent être trouvés nulle part.
…
Et maintenant on va essayer de penser à notre objet d’attachement ou à notre objet de haine. Et on va constater que, de la même façon, il n’existe pas réellement, qu’il est de la nature de la vacuité.
. ..
Cela vous a donné une idée de ce qu’est la méditation sur la vacuité. Plus on ira profondément dans l’analyse, en allant jusqu’à chercher l’objet dans les particules, plus notre compréhension de la vacuité s’améliorera.
Il y a des moment particuliers où le je nous apparaît vraiment concret, comme par exemple si quelqu’un nous traite de voleur alors qu’on n’a rien fait. A ce moment-là on se sent vraiment blessé et le je apparaît très fortement. Il nous faudrait profiter de ces moments-là pour chercher où est ce je qui semble si concret et comment il apparaît. C’est dans ces moments-là que nous aurons vraiment l’opportunité d’analyser le je car il apparaît alors de manière plus forte que dans les périodes de méditation ou de réflexion.
Une autre situation très utile pour comprendre un peu la vacuité, c’est quand on a un ennemi. A cet ennemi on va donner un tas de défauts, et on va le voir très concret. Mais si on cherche où est réellement cet ennemi, on va voir que ce n’est pas de son propre côté qu’il est un ennemi, que cela vient de nos propres émotions. A ce moment-là il faut analyser, voir comment cela se passe.
Ou encore, quand on est très attaché à quelqu’un, c’est aussi une bonne opportunité pour méditer sur la vacuité. Nous le trouvons parfait, nous lui donnons un tas de qualités.. mais de son côté, il ne possède pas toutes ces qualités que nous lui attribuons, que nous projetons. En constatant que la personne pour laquelle nous éprouvons de l’attachement n’est pas telle que nous l’imaginons, petit à petit nous allons éprouver moins d’attachement, moins d’émotions.
Il est aussi utile quand on est calme, tranquille, de s’asseoir et de réfléchir, d’essayer de méditer sur la vacuité, de chercher où est le je de voir la façon dont on existe réellement.
Chaque moment peut donc être utilisé pour méditer sur la vacuité.
Faire cette méditation analytique comme on l’a expliqué tout à l’heure, chercher où est le je et démonter petit à petit nos projections, sera très utile pour réduire toutes nos émotions perturbatrices. Au fur et à mesure qu’on va comprendre de plus en plus la vacuité, on va petit à petit éliminer nos émotions perturbatrices qui sont la cause de toutes les actions négatives. Naturellement, en évitant toutes ces non-vertus on va accumuler des actions positives et on va ainsi avancer de plus en plus ? Par la compréhension de la vacuité, on va aussi pouvoir purifier les karmas négatifs qui ont été accumulé dans le passé par ces actions non-vertueuses.
La compréhension de la vacuité va donc nous servir, non seulement à accumuler des actions positives, des vertus, mais aussi à éliminer les résultats des actions négatives accumulées précédemment, c’est-à-dire les karmas négatifs.
Il est sûr que chacun d’entre nous veut le bonheur et qu’aucun ne désire la souffrance, même la plus petite. Et quand on connaît la loi du karma la loi de cause à effet, c’est–à-dire que tout mérite, toute action positive produit, automatiquement, du bonheur, alors que toute action non vertueuse a pour résultat, automatiquement, de la souffrance on va vouloir faire ce qu l’on disait tout à l’heure : accumuler des actions vertueuses et éliminer les empreintes laissés par les actions négatives sur le courant de conscience (les karmas négatifs).
En fait, que l’on croit ou non en la loi du karma et en les réincarnations ce n’est pas le problème puisque, de toute façon, ce sont des lois universelles. Que l’on y croit ou pas, c’est comme cela, on aura à subir la loi de cause à effet (le karma) et les réincarnations. Ne pas y croire ne nous y soustraira pas. Il est donc plus sage de faire attention et de respecter ces avis (essayer d’éliminer les actions négatives et accomplir des actions méritoires) pour obtenir de bonnes renaissances dans le futur. Y croire ou pas n’aura aucune influence. Ce sont des lois universelles.
Actuellement, nous possédons une précieuse renaissance humaine, et c’est vraiment le moment de nos en servir parce que nous ne savons pas si dans le futur nous l’obtiendrons à nouveau, nous ne savons pas si dans le futur nous aurons d’aussi bonnes circonstances. C’est donc le moment de développer des qualités comme la compassion et l’amour et d’accumuler des actions positives, parce que dans le futur nous ne savons pas où nous serons. C’est le moment d’agir, c’est le moment aussi d’imprimer des tendances positives sur notre esprit.
Et même sans considérer les vies futures, en ce qui concerne cette vie, il est sur que si nous continuons à cultiver la colère etc, cela ne nos apportera que des problèmes et souffrances à nous-même et aux autres. La colère détruit les couples et les communautés. Donc, même sans penser aux vies futures, il est de notre intérêt de diminuer les émotions négatives.
Quelle que soit notre motivation, que l’on considère les vies futures et prenne conscience de l’intérêt que l’on a à supprimer les émotions négatives comme la colère si on veut obtenir de bonnes renaissances, ou que l’on considère simplement cette vie-ci et réalise que la colère par exemple cause beaucoup de dégâts et nous fait souffrir nous-même et les autres, quelle que soit notre motivation, donc, il faut de toute façon que nous arrivions à éliminer ces émotions négatives, ou au moins à les réduire. Et on peut voir qu’en essayant de développer la compassion et l’amour en nous-même, on va avoir des résultats positifs, même dans cette vie-ci, sans parler des autres vies où des résultats positifs vont également être obtenus.
Pensons donc à cela. Prenons conscience de l’intérêt qu’il y a à s’engager dans cette pratique.
Un dernier conseil :
Le matin, quand on se réveille, c’est bien de prendre le temps de développer une bonne motivation, de penser à ce qu’on va faire dans la journée, de prendre des résolution comme par exemple « je vais essayer d’avoir davantage d’amour pour les autres, de me mettre moins en colère… ». Tous les matins de penser à cela, de se concentre sur ces pensées positives. Ensuite, dans la journée, si on a des moments de colère par exemple, essayer de revenir à ce qu’on a décidé le matin, d’y repenser, de regretter et de repartir, de recommencer. Cette attitude ne pourra nous amener que des résultats positifs. C’est bien de faire cela tous les jours, jour après jour.
Ayant réalisé combien cette attitude est positive, je souhaite que chacun d’entre vous mette ce conseil en pratique dans sa vie de tous les jours : prenez le temps de développer une bonne motivation le matin et essayez de vous y tenir.
Il est évident que d’avoir des émotions négatives n’apportera que de la souffrance aux autres et à soi-même, alors que développer l’amour et la compassion n’apportera que du bonheur aux autres et à soi-même. Sachant cela, c’est bien pour nous d’essayer de transformer la situation et de transformer le négatif en positif, de faire des efforts pour développer le côté positif.
On croit souvent que la méthode la plus efficace pour transformer l’esprit ou pour pratiquer est de s’asseoir en posture de méditation, de s’enfermer, de faire des retraites. Mais en fait c’est dans notre vie quotidienne que nous devons pratiquer, c’est à chaque instant que nous devons essayer d’avoir plus d’amour, de compréhension pour les autres, plus de patience.
Ce qui est aussi très important, c’est de se rappeler les actions négatives que l’on a faites dans le passé, particulièrement le mal qu’on a fait aux autres, de reconnaître nos actions négatives, de les regretter, de les confesser en quelque sorte et de prendre la ferme décision de ne plus les commettre à nouveau. De cette façon on va les purifier.
On doit aussi se rendre compte que même si notre corps est en bonne santé, qu’on est bien nourri, qu’on a tous les plaisirs , à partir du moment où on n’aura plus la paix mentale on sera malheureux. Il faut réaliser que la paix mentale est plus importante que le bien être physique. On peut reprendre l’exemple d’hier : on peut être en bonne santé, avoir toutes les possessions possible, si on a des perturbations mentales comme par exemple le désir, (on avait pris l’exemple d’une personne très riche et qui voulait de plus en plus sans jamais être satisfaite et qui pouvait même en arriver à se suicider parce qu’elle n’obtenait jamais tout ce qu’elle désirait), si on n’a pas maîtrisé son esprit, on n’obtiendra jamais le bonheur. On n’arrivera jamais à maîtriser l’esprit au moyen de calmants ou d’alcool ou de drogues… le seul moyen est de travailler sur son esprit. Ceux qui essayent de développer l’amour et la compassion et toutes ces qualités et qui méditent sur la vacuité vont se rendre compte que tous ces dérivatifs ne sont pas très utiles qu’ils sont même au contraire négatifs et ils vont donc pratiquer.
Concentrez vous donc sur la transformation de votre esprit, essayez de développer les qualités, c’est ce que j’espère et souhaite pour vous.
Merci.
Pendant ces deux jours, j’ai essayé de vous donner des conseils capables de vous apporter plus de bonheur et de paix. Si vous essayez de mettre ces conseils en pratique, a la fois vous et moi accumulerons des mérites.
Et puisque pendant ces deux jours vus avez accumulé des mérites en écoutant cet enseignement et que de mon côté j’ai accumulé des mérites en vous donnant cet enseignement, nous allons faire ce que nous faisons à la fin de tous les enseignements, nous allons dédier nos mérites, nos raines de bonheurs, afin que tous les êtres qui souffrent dans cet univers les reçoivent.
Puisse la bodhicitta, le précieux esprit d’éveil, qui n’a pas été générée dans notre esprit être générée et croître,
Et puisse l’esprit d’éveil qui a été généré dans notre esprit et dans celui des autres ne pas dégénérer mais augmenter toujours plus.
Merci beaucoup.